"Mon" Festival du Mot – épisode 2

Publié le 13 Juin 2013

Une déambulation très subjective en mots choisis au fil du 9e Festival du Mot de la Charité-sur-Loire, pour moi le premier. Il était temps, car en 2014, il aura 10 ans ! Je vous propose de vous raconter le festival en trois épisodes et en 10 mots.

 

Episode 2

 

Photo0330"Lueur" Installation de Patrick Chauvin - Photo Marie Remande

 

Mots du conte

 

Vendredi 31 mai 17h, dans la salle capitulaire, un écran éclairé de bleu et un solex sont installés sur la scène. La salle se remplit, comme toutes les salles du Festival, toujours. Il faut ici bien penser à réserver à l'avance ! Et Jean Bojko entre. Il raconte en solo, ou plutôt il lit une histoire qu'il a écrit. Il avait imaginé au départ ce récit pour un film avec Hanna Schygulla, Armand Gatti et Philippe Noiret. La disparition de ce dernier a malheureusement interrompu le projet qu'il a décidé de partager ici. Les spectateurs deviennent donc le temps de ce conte ceux qui tournent, avec un « alors les cinéastes, ça tourne ? » et la salle formée en 10 secondes avant le démarrage, de répondre « Silence, ça tourne ! », un échange qui sera repris durant la lecture, pour la rythmer et bien vérifier si personne ne s'est endormi en route. Peu de risque pourtant vu la verve, l'humour et la force de conteur du poète. « Un temps à deux pattes », raconte l'histoire de deux paysans très âgés, l'un morviandau, l'autre ukrainien, qui se sont promis au lendemain de la guerre en 1944, de se revoir au moins une fois. Se sentant proche de la mort, René entreprend le voyage en vélo-Solex après avoir envoyé une lettre à Andrej, qui ne comprend pas un mot de français et décide donc de rejoindre le Morvan en bus et à pieds... Sur leur chemin, des rencontres improbables.

Epopée simple et lyrique, burlesque et tragique, cette tranche des vies touche et émeut. L'indispensable camionnette rouge du Théâtreprouvette, épicerie culturelle mobile, sillonne les routes de la Nièvre et d'ailleurs. Jean Bojko apporte le théâtre aux gens et non l'inverse, afin que chacun puisse vivre la poésie et les mots, voire les jouer, près de chez lui. Sachez en tout cas que, selon moi, ce spectacle unique, s'il est redonné un jour et si la camionnette ne le porte pas à votre porte, mérite le voyage!

 

Interlude pour jouer avec les mots du festival

 

Mots de la science

 

Vous connaissez Marie-Odile Monchicourt ? Journaliste et productrice chez Radio France , elle a aidé depuis une trentaine d'années bien des auditeurs de France Inter et France Info à comprendre les notions les plus complexes dans des émissions scientifiques pas du tout ennuyeuses. Elle a écrit ici un conte qu'elle nous a narré avec brio, assistée de Philippe Naud, comédien-mime qui joue avec les masques. Nous avons été transportés en 2050, époque où l'espèce humaine est déclarée en voie de disparition ! 57 membres du collège des sciences universelles se réunissent pour trouver des solutions. L'Homo Partogénéticus parviendrait-il à sauver l'Homme ? Une fois les lumières rallumées, un scientifique et spécialiste des sciences de l'évolution, Pierre-Henri Gouyon, a démystifié l'évolution de l'espèce et expliqué que l'homme n'était pas indispensable à notre survie, contrairement à la femme ! Ses réponses aux questions de la salle ont fait voler en éclat beaucoup d'idées préconçues. Une rencontre pas banale entre les mots de la science et ceux de la comédie.

 

Photo0334

 

Baraques à mots

 

Au jardin des bénédictins, la petite fête foraine bat son plein dès qu'un rayon de soleil apparaît. Il faut dire que les baraques de foire sortent ici de l'ordinaire. Pour mieux comprendre, revenons un peu sur ce projet projet né d'ateliers menés à la demande du festival depuis plusieurs mois à l'Institut Médico-Educatif (IME) Edouard Seguin par Patrick Détroit, éducateur, aidé de la plasticienne Géraldine Lavillaugouet. Pour coller au thème du Festival, cette dernière a imaginé une dizaine de « baraques à mots » avec pour objectif de les installer durant le festival et surtout de les faire réaliser par les jeunes de l'IME. 40 enfants assistés d'une dizaine d'éducateurs ont dessiné, coupé, construit et peint ces jeux géants réalisés à partir de caisses de transport fournies par un industriel de la région. Gros succès pour le PECH'MOT, le CASSE MOT ou le TIRE au MOT, drôle de babyfoot humain, ou la très belle ROUE des MOTS (devinettes). Tout se finit au stand BARBE à MOTS, où les gagnants viennent chercher une barbapapa gratuite ! Au pays des mots, le Jeu est la capitale et les baraques à mots, ses plus belles maisons.

 

Mot lumineux

 

Après « Sans les mains et en danseuse », joli spectacle sautillant de Pépito Matéo, one man show fantaisiste qui jongle avec les mots durant 1h30 quasiment en apnée, chaque spectateur a allumé une bougie, l'a disposé dans un photophore de couleur pour un rendez-vous poétique mystérieux intitulé « LUEUR ». Patrick Chauvin, artiste plasticien dont l'oeuvre a pour matière première le mot, a emmené les veilleurs, tel le joueur de flûte de Holderlin, jusqu'à la Loire. Point de volonté de nous noyer, mais juste une intention poétique murie de longue date. Plusieurs groupes se sont rassemblés à différents poins de la ville et ont convergé vers le fleuve, presque en crue. Cela me rappelle les retraites aux flambeaux et les lampions que nous allumions chez mes grands-parents lorsque j'étais enfant. Allumer la flamme de la bougie allume aussi, comme par magie, des flammes dans les yeux de ceux qui participent. Toutes les bougies et leurs porteurs convergent donc vers un plateau qui dessine un mot encore illisible. Une équipe de bénévoles porte ce message coloré et lumineux constitué d'une centaine de bougies vers une barque qui le porte jusqu'à une île où l'artiste l'installe. Une musique s'élève de hauts parleurs placé sur les berges. Les regards sont suspendus à cette lumière vacillante qui vogue sur l'eau. Et soudain, on devine le mot « lueur » flouté par le vent, rendu lisible par un jeu de miroir géant. Lumineux !

 

A suivre... Demain.

 

Si vous avez manqué l'épisode 1, c'est ici.

Rédigé par Marie Remande

Publié dans #articles généralistes

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