Les cigarettes électroniques nous enfument-elles ?

Publié le 31 Janvier 2014

Les cigarettes électroniques nous enfument-elles ?

Un récent article de 60 millions de consommateurs, repris par de nombreux médias, n'en finit plus de propager des signaux de fumée, sur lesquels chacun va de son interprétation sur les dangers ou les bénéfices de la cigarette électronique. De leur côté de multiples études et rapports contradictoires noient le consommateur dans le brouillard, à l'heure où les ventes d'e-cigarettes se multiplient. Un spécialiste nous aide à mieux comprendre

« La cigarette électronique est censée faire du bien aux gens, mais aujourd'hui de très nombreux doutes planent sur sa fabrication. La qualité est loin d'être toujours au rendez-vous !» déplore le Dr Bonnemaison, médecin au CSAPA 37 (1). C'est bien ce que dénonce un article controversé de 60 millions de consommateurs paru fin août 2013. Il analyse, produit par produit, le décalage entre les éléments annoncés et ceux présents dans les e-cigarettes ou « e-cig », avec parfois des substances nocives (formaldéhyde, acétaldéhyde, acroléine, traces de métaux lourds) et des défauts d'étiquetage. « N'importe qui peut vendre n'importe quoi au consommateur aujourd'hui.» regrette l'addictologue, pourtant convaincu de l'utilité de ce produit pour certains patients.

Les cigarettes électroniques sont des cartouches remplies de liquides constitués majoritairement de propylène de glycol (un produit connu et utilisé pour faire du brouillard dans les concerts) et de glycérine végétale. Ces produits sont très peu toxiques, non cancérigènes et non tératogènes (ne produisent pas de malformations sur les bébés). Sous l'effet d'un système électrique et d'une valve, ils produisent une sorte de brouillard, qui donne l'illusion de répéter le geste du fumeur. Ce « nuage » peut ensuite être coloré, aromatisé, et additionné d'un peu de nicotine ou pas selon les marques. « Mais contrairement à la cigarette avec tabac, l'e-cigarette ne comporte ni goudrons, ni monoxyde de carbone, ni particules fines et n'entraîne donc de ce point de vue pas de risque de cancer respiratoire, de problème vasculaire ou de bronchite chronique. » souligne le Dr Bonnemaison.

Et si ce produit est reconnu comme beaucoup moins nocif que la cigarette avec tabac, et moins cher, il convient d'être prudent sur les lieux et personnes à qui l'acheter. Quelques conseils s'imposent : éviter l'achat sur internet, ne pas privilégier son buraliste souvent proche des intérêts cigarettiers et bien se renseigner sur les officines de vente et leur formation.

« Je conseille à mes patients de d'abord s'adresser à leur médecin généraliste » préconise le Dr Bonnemaison, « S'il ne se sent pas assez formé, il peut orienter vers un correspondant addictologue. » Il aide à réaliser un bilan des besoins et envies, afin de voir si l'arrêt du tabac est prioritaire pour le fumeur. « Aujourd'hui le meilleur traitement pour se sevrer totalement du tabac est d'utiliser des patchs avec accompagnement comportemental d'un médecin. Cela donne d'excellents résultats validés par des études imparables et trente ans de recul ! » poursuit le médecin.

« La cigarette électronique constitue une technique de réduction des risques et aucunement de sevrage tabagique. Elle ne peut convenir que pour certaines personnes non éligibles à l'arrêt du tabac. » conclut le Dr Bonnemaison. «J'ai obtenu avec certains patients d'excellents résultats lorsque les produits étaient de qualité. »

Enfin, d'après une récente étude de l'OPT (2), si vapoter est moins nocif que fumer une cigarette, c'est pourtant pour les jeunes un « boulevard d'entrée potentiel dans le tabac ».

(1) Centre de Soins, d'Accompagnement et de Prévention en Addictologie

(2) En mai 2013, à la demande de la ministre de la santé, paraît, sur la cigarette électronique et ses effets, un rapport réalisé par l'Office de Prévention du Tabagisme (OPT). Faisant le point de toutes les études parfois contradictoires réalisées depuis 2009, il constate le manque de recul pour analyser scientifiquement les effets sanitaires de la e-cigarette sur le consommateur. Le rapport déclare tout de même que l'e-cigarette est moins nocive que le tabac pour la santé.

Paru dans la France Agricole en novembre 2013

« La cigarette électronique constitue une technique de réduction des risques et aucunement de sevrage tabagique. Elle ne peut convenir que pour certaines personnes non éligibles à l'arrêt du tabac. »

Rédigé par Marie Remande

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