Robin Orlyn sème le bazar à Avignon dit Rosita B

Publié le 11 Août 2014

©Christophe Raynaud de Lage
©Christophe Raynaud de Lage

Quand Rosita Boisseau chronique un spectacle de danse dans le Monde, cela donne cela :

Danse à Avignon : Robyn Orlin sème le bazar et lève le poing

LE MONDE | 16.07.2014 à 11h03 | Par Rosita Boisseau

Ecrivons d'abord le titre du spectacle de Robyn Orlin. Comme souvent chez cette chorégraphe sud-africaine, l'intitulé a le ton d'un roman et appelle généralement à une version miniature. Donc, à l'affiche du Gymnase du lycée Aubanel, At the same time we were pointing a finger at you, we realized we were pointing three at ourselves... Les points de suspension dégageant la suite d'un texte spectaculaire mixant danse, théâtre, vidéo, chant et musique.

Le show mis en scène pour les huit danseurs de la compagnie sénégalaise Jant-Bi démarre par un concert de tongs, tape un bœuf sur des bassines plastique pour finir « hakuna matata » en remix bad trip du Roi lion. Assaisonnée de coups de chaud, de tonnerre, de gueule et encore – Robyn Orlin ne lésine pas sur les surprises et les moyens sonores entre autres –, la chasse aux mauvais esprits qui pullulaient sur le plateau semble avoir atteint son but. Exorcisée, la salle ! Liquidée, la magie noire !

INSURRECTION PERMANENTE

Depuis ses premiers succès au milieu des années 1990, se mettre au service

des interprètes est l'un des axes forts du travail de Robyn Orlin. Experte en théâtre de performance, championne en interactivité, elle valorise les singularités des personnalités et des cultures. Qu'il s'agisse de la chorale des Phuphuma Love Minus de Johannesburg, des swankas, ces prolétaires zoulous se sapant comme des princes pour des concours d'élégance, ou du danseur d'origine camerounaise James Carlès, elle aime être happée par les histoires des autres tout en y mettant son grain de sel.

Avec les huit hommes de Jant-Bi, Robyn Orlin semble s'être un peu laissé déborder, comptant sur la puissance de feu du groupe pour faire rouler l'affaire. Et ça roule, mais un peu plan-plan, sans vraie tension dramaturgique, et encore moins d'urgence à dire dans ce spectacle chaud et sympathique mais invertébré.

UNE FAÇON INNÉE DE FAIRE PARTICIPER LE PUBLIC

Lorsque la séquence politique, poing levé, toujours au rendez-vous dans un spectacle d'Orlin, déboule après une heure de spectacle, elle tombe comme un cheveu sur la soupe en touillant d'un même coup de louche Manuel Valls, les intermittents, les sans-papiers, Marine Le Pen... Comme si l'actualité avait tout d'un coup rattrapé Orlin, la poussant à donner son point de vue !

Il n'empêche qu'il faut mettre au tableau d'honneur de la chorégraphe son talent pour semer le bazar comme si le spectacle était en insurrection permanente, sa façon innée de faire participer le public, son goût pour la culture traditionnelle africaine, patrimoine à protéger et à enrichir pour savourer la vie d'aujourd'hui. Quant à son sens plastique, cuvettes comprises, il en met toujours plein la vue avec sa palette multicolore tapant sur le noir mat des peaux des danseurs. Entre films réalisés au téléphone portable et projections de SMS sur grand écran, Orlin raffine toujours davantage une écriture spectaculaire du direct qui fait mouche.

Rosita Boisseau, journaliste au Monde

Elle fait sa snob et sa chochotte Rosita. Tout ce que Robin Orlyn, la chorégraphe iconoclaste africaine, déteste. Et la voilà - Rosita, pas Robin - tombée dans la bassine de la critique intello facile. Personnellement, j'ai adoré l'énergie de ce spectacle vu à Tours début juillet dans le cadre du festival Rayons Frais. Un vrai courant d'air frais dans la morosité, un joli coup de pied dans la routine des shows convenus. Les corps des danseurs sénégalais de la compagnie Jant-Bi tous différents, magnifiques. Un joyeux mélange de critique des clichés, sur le corps en Afrique justement, entre tradition et modernité. Autour le rituel traditionnel du Lion où l'on sacrifie un jeune à la mère Lionne. Et toujours l'intervention des danseurs dans le public, et la participation de ce dernier, véritable marque de fabrique de la chorégraphe.

Voir mon article ci-joint écrit en mai sur la naissance de ce spectacle, car, oui, j'ai eu la chance de rencontrer Robin.

Et, oyé braves gens, la bonne nouvelle, c'est que le spectacle repasse à Blois, à la Halle aux Grains, qui l'a produit, et "vendu" à Avignon. Clap, clap, clap!

AT THE SAME TIME…WE WERE POINTING A FINGER AT YOU, WE REALIZED WE WERE POINTING THREE AT OURSELVES

Jeudi 13 novembre. 19h30 & Vendredi 14 novembre. 20h30 Halle aux Grains- Blois (41)

Robin Orlyn sème le bazar à Avignon dit Rosita B

Rédigé par Marie Remande

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