"Mon" Festival du Mot – épisode 3

Publié le 14 Juin 2013

Une déambulation très subjective en mots choisis au fil du 9e Festival du Mot de la Charité-sur-Loire, pour moi le premier. Il était temps, car en 2014, il aura 10 ans ! Je vous propose de vous raconter le festival en trois épisodes et en 10 mots.

Episode 3

 

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Délice des mots

 

Figurez vous que les mots sont aussi sur les tables à la Charité-sur-Loire, ville du livre, comme on l'appelle à cause de ses - combien déjà quinze ? - librairies disséminées dans les rues. Car les restaurateurs, comme les libraires, jouent le jeu du festival. Huit d'entre eux (les restaurants) ont créé, pour la durée du festival, des menus « spécial mots » à des prix très raisonnables. J'entre chez Babette et Eva, selon moi la meilleure table du festival, ou plutôt la plus sympathique. Je rassure les autres restos, ce blog est vraiment très subjectif et je n'ai pas testé les autres, à part la pizzeria rapide, agréable et... rapide ! Enfin chez Babette et Eva, ce qui me plait, ce sont les bons produits, du local, du frais, du bio, et la déco, vraiment rigolote et pas banale. Les murs sont tapissés d'anciensPhoto0335 magazines « Mode et travaux » ou un truc comme cela. Un travail de dingue à réaliser soit dit au passage, mais qui en vaut la chandelle. On m'installe sur une longue tablée, et suis rapidement prise en sandwich entre deux couples, un à droite, un à gauche. Je n'ai pas trop envie de jouer la tranche de jambon, mais comme l'ambiance est bon enfant et que ce sont tous des festivaliers, nous engageons rapidement la conversation et échangeons nos impressions sur les spectacles déjà vus. Ah, Obaldia, Villon, Bojko et les autres ! L'ambiance du Festival du Mot me paraît singulière et particulièrement chaleureuse. Dans cette ville à taille humaine et compte tenu des jauges des salles (100 à 300 personnes environ?), on croise et recroise facilement des personnes déjà vues la veille ou quelques heures auparavant. Cela crée des complicités, grâce aussi à un amour commun de la littérature, de la poésie et/ou de l'humour, qui nous rassemblent sans aucun doute ici. Qu'ai-je mangé lors de ce déjeuner : des tartines de critiques plutôt positives ainsi qu'une tarte aux asperges, une délicieuse salade composée et un crumble aux fruits rouges. Qu'y ai-je bu ? beaucoup de paroles et une bière belge.

 

Mots derrière la tête

 

Le spectacle Kvetch nous a été présenté comme la première mouture d'une pièce de Sophie Lecarpentier sur des textes de Steven Berkoff appelée à tourner partout en Europe. « Berkoff a composé une œuvre iconoclaste, âpre, violente, impudique et tonique... qui nous invite à rire de nos propres angoisses. », nous dit la brochure tendue à l'entrée. Et c'est exact, la pièce est provocante, érotique et satirique, à souhait. Un théâtre que je n'affectionne pas particulièrement, mais en l'occurrence que je trouve efficace et très bien joué. Ce que j'ai surtout beaucoup aimé, ce sont ces « kvetch », mots que l'on a derrière la tête, tout ce qu'on pense tout bas et qu'on ne dit jamais tout haut, ses angoisses, ses peurs, ses agacements, ses haines, qui, ici, fusent et s'expriment tout haut. Et ce portrait à la serpe de cinq petits bourgeois ordinaires cogne encore plus fort lorsque leurs pensées sont hurlées sur scène à nos oreilles-réceptacles de spectateurs pourtant pas psychanalystes, lorsque ce qu'ils n'oseraient jamais se dire en face les uns aux autres nous est livré, comme pour s'en débarrasser, et que nous repartons la tête basse, avec ce cadeaux empoisonné plein le cœur, un peu chavirés de tant de désamour et de noirceur. Bref, on ne sort pas indemne de ce spectacle. Peut-être le but est-il atteint, alors ?

 

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Mot de la fin

 

Et voilà, je dois déjà repartir. J'ai du écourter mon séjour, que j'aurais aimé prolonger jusqu'au dimanche pour assister à un « apéro philo » de Laurence Devillairs, assister au spectacle « Rosa, la Vie » des lettres de Rosa Luxembourg lues par la comédienne Anouk Grimberg et assister à la remise du prix Raymond Devos de la langue française à François Morel, himself ! Pas grave, l'année prochaine, je reviens, c'est sûr ! En plus ce sera la dixième édition. Espérons que cet anniversaire stimulera les partenariats pour que l'équipe du festival continue à nous proposer des spectacles de qualité ! Il se pourrait bien qu'il devienne alors pour moi un rendez-vous annuel, comme celui qu'on donnerait à un amant du bout du monde qu'on ne pourrait voir qu'une fois l'an ! 

Je quitte à regret l'abbaye, le prieuré, la librairie géante où j'ai évidemment fait quelques emplettes, les jardins carrés où jouent des kyrielles d'enfants avec le génial « manège à fil », drôles de machines roulantes faites de matériaux de récup que les parents poussent à la main, les baraques à mots, l'équipe du festival et la dernière image dans le rétro de l'abbaye vue du pont de Loire. Le soleil est revenu. La foule est là. Demain, dimanche 2 juin 2013, le festival offrira en musique le « Mot de la fin » dans le jardin des bénédictins.

 

 

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Pour relire l'épisode 1

 

Pour relire l'épisode 2

 

Pour jouer avec les mots du Festival

 

Photos : Marie Remande

Rédigé par Marie Remande

Publié dans #articles généralistes

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Neelhe 16/06/2013 23:11


Merci pour ce beau retour sur ce festival que je ne connaissais pas, pas plus que la ville de la Charité d'ailleurs. Il est possible qu'on s'y voit l'année prochaine !