"Mon" Festival du Mot – épisode 1

Publié le 12 Juin 2013

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Une déambulation très subjective en mots choisis au fil du 9e Festival du Mot de la Charité-sur-Loire, pour moi le premier. Il était temps, car en 2014, il aura 10 ans ! Je vous propose de vous raconter le festival en trois épisodes et en 10 mots.

 

Episode 1

 

Cela faisait plusieurs années que je rêvais d'aller au Festival du Mot de la Charité-sur-Loire, dans la Nièvre et deux pas du Cher. Et donc, comme tout ce que l'on attend avec impatience, on se sent tout heureux quand les choses arrivent. Lorsque j'ai franchi le pont de la Loire ce jeudi 30 mai et que j'ai aperçu le clocher de l'abbaye de la Charité, Fi, le ciel gris, mon cœur a donc fait des pirouettes dans ma poitrine et un sourire s'est accroché à mes oreilles, comme une grosse banane.

Le festival a alors déroulé tranquillement pour moi son programme de spectacles, de causeries (j'aime ce mot un peu désuet), de poésie, de rencontres, d'expositions, des jeux (de mots), de lecture et lectures, entre autres festivités verbales. Bref, tout ce que j'aime. 5-4-3-2-1 démo !

 

Mots de l'humour

Après un accueil attentif à l'effervescent bureau du Festival, j'ai filé direction l'Eglise Saint-Pierre écouter Jean-Loup Chifflet égrainer ses bons mots, répertoriés dans son « Dictionnaire amoureux de l'humour ». Il possède un talent fou ce Jean-Loup, consistant à chercher la bonne citation dans un paquet de feuilles volantes, classées de manière très personnelle, c'est à dire dans tous les sens, tout en brodant sur tel ou tel humoriste parmi ses chouchous, Tristan Bernard, Raymond Queneau, Coluche, Bourvil, Desproges, Pierre Dac ou Alexandre Vialatte. Il annonce d'emblée que « l'humour est la politesse du désespoir » et fait s'esclaffer la salle, comble, avec des citations en rafales. « l'humour juif, c'est l'humour allemand avec l'humour en plus ! », « Si Jésus était juif, pourquoi avait-il un prénom espagnol ? », « Un mariage raté est quand même plus joyeux qu'un enterrement réussi. ». Vincent Rocca, invité fidèle du Festival, sourit au fond de la salle.

Pourquoi la présence de ce VIP ici, me direz-vous? Et bien, parce que c'est un fidèle de la manifestation et parce qu'il a été missionné pour, chaque jour, tel un griot, déclamer au public en 10mn, son « Rocca du jour » à 12h30 place des Pêcheurs. Vendredi 31 mai, ce fut une variation sur le gris, « nous sommes grisés de gris... », puis une tirade de réhabilitation du football selon une interprétation freudienne totalement désopilante !

 

Poésie des mots

Le soir, au cellier, changement d'ambiance avec le spectacle de François Arbatz, « Villon, la Vie ». Le comédien met en scène, dit et chante l'essentiel du Testament du poète maudit. Un émouvant texte-fleuve de François Villon, qui, dans le cours de ce Mississipi poétique, a trempé sa plume, comme dans l'expérience glaciale de la prison et de la misère. Tantôt il se rit des puissants et moque les courtisanes, tantôt se lance dans une peinture des pauvres et laissés-pour-compte. Très belle performance théâtrale tempêtueuse, tourbillonnante, fluide, accompagnée par le musicien Olivier-Roman Garcia (à la viole, guitare, harmonica et d'autre jolis instruments dont j'ignore le nom, sur des musiques allant du baroque au flamenco). Juste une réserve, un peu trop de chansons à mon goût, avec toujours la même mise en scène, le baladin une jambe sur le tabouret, et autre critique, le côté répétitif de la contenance que se donne le musicien qui fait semblant d'écrire, jouant le scribe de Villon, avec un talent inversement proportionnel à celui qu'il déploie en temps que guitariste.

En voix off, pour introduire et pour conclure, la voix profonde et intense de Jean-Louis Trintignant rattrape aisément ces quelques imperfections.

Je repasse le pont, encore bercée des mots de Villon, presque douloureux. La nuit entrouvre un rideau sur une bande de lumière au-dessus du fleuve.

Où commence la beauté, où s'arrête la douleur ?

 

Mots matinaux

Second jour pour moi, troisième pour le festival, ciel toujours un peu gris, sol un peu détrempé. Je me hâte de nouveau vers le Cellier avec une foule de fidèles des « P'tits déj's » de mots. Gros gros succès de ce réveil en mots-croissants, mots-café et mots tartinés, puisque la poésie comme les boissons chaudes et les viennoiseries sont ici offertes par le Festival. On se presse, on se bouscule, impatients, une demi-heure au moins à l'avance. En l’occurrence, la mise en bouche est offerte par une joyeuse bande de quatre jeunes comédiens sous la direction de Valérie Furiosi, des textes choisis dans la littérature malienne, qu'il déclament en solos, duos, trios, quatuors. Amadou Hampâté Ba vient rencontrer Aminata Traoré, Ousmane Diarra, ou Sédou Badian qui dit : « Un conte est un miroir où chacun peut contempler sa propre image ». Et en chanson, ils entonnent « Le dimanche à Bamakou, c'est le jour de mariage... ». Le lendemain, les comédiens reviendront charmer l'assemblée dès 9h de leur babil matinal autour, cette fois, d'extraits empruntés à la littérature francophone.


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A suivre, demain...

 

En attendant testez mon petit jeu avec les mots du festival.

 

Photos Marie Remande

 

Rédigé par Marie Remande

Publié dans #articles généralistes

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