Le 16 mars, Utopies et poésie ont résonné à Fontevraud

Publié le 18 Mars 2013

Pourquoi ai-je répondu à l'invitation de l'Abbaye de Fontevraud d'assister le 16 mars dernier à un débat sur la décroissance dans le cadre du Printemps des Utopies suivi par un concert d'Arthur H ?

Heureuse inspiration ?

Hasard?

« Il n'y a pas de hasard » m'a dit l'autre jour un ami. Mais cela est une autre question !

 

Abbaye-de-Fontevraud-4


Venir assister à cette après-midi étonnante dans ce lieu hors du temps, était peut-être la réponse à un besoin impérieux de printemps, à la nécessité absolue d'entendre à nouveau parler d'utopies dont je ressens le manque mordant en ces temps où tout le monde voit petit, étriqué, par peur d'aller plus mal encore. En cette époque où nous avons plus affaire, chez tous les politiques, à une gestion « à la papa », qu'à des projets qui portent un souffle, une espérance.

Bref ces deux mots de Printemps et d'Utopies ont « ciblé » à eux seuls mon besoin vital, ma nécessité personnelle de voire changer radicalement ce monde qui ne tourne pas rond, ou au moins, à défaut, de pouvoir en débattre !

 

Et puis, j'avais l'intuition que la présence d'Arthur H, dont le dernier disque « Baba Love » m'a ravie, allait mettre de la poésie et un souffle de folie dans cette abbaye et dans mon après-midi.

 

Pour le reste, je ne savais pas grand chose.

 

Voici quelques bribes de ce que j'ai gardé de cette après-midi.

 

La décroissance en débat dans la chapelle – Temps 1

Chapelle St Benoit comble, malgré le froid dedans, malgré la pluie dehors.

Thierry Paquot, organisateur et modérateur du Printemps des Utopies, parle beaucoup de Thomas Moore, et aussi de Charles Fourrier.

J'aime quand il cite H. Desroches « Tout projet existentiel est une utopie ».

Il ébouriffe ses cheveux frisés se clairsemant vers le haut, mais ne ressemble pas pourtant à un clown, même si l'homme fait rire la salle avec ses propos iconoclastes, anti-école, anti-pensée préconçue, anti-recettes. J'aime son invitation à « penser par soi-même », son enthousiasme faussement naïf.

Le discours de Paul Ariès, « Objecteur de croissance » politologue invité, tribun des temps modernes, qui déclame plus qu'il ne parle – est-il comédien aussi ? - semble avoir fait mouche auprès du public. Je me suis fait embarquer aussi par le charisme de l'homme. Mais a postériori, je trouve son propos un peu trop rodé, une peu trop dans la formule. Si j'ai l'occasion, j'aimerais bien discuter avec lui pour voir si son mode de vie est réellement en cohérence avec son discours.

Ceci étant, j'ai aimé quand il a dit : « Nous devons inventer d'autres dissolvants d'angoisse que ceux du capitalisme ». Aimé aussi lorsqu'il a dit que l'avenir était dans la simplicité volontaire.

Je commençais à geler sur place et mon cerveau à être moins réceptif, quand les deux hommes ont laissé la parole aux femmes. Chris Younès, philosophe et enseignante auprès d'étudiants en architecture, un peu confuse parfois. J'ai surtout été intéressée par ce qu'elle a dit sur le fait que nous étions à un tournant existentiel, mental et spirituel dans notre société. Elle a évoqué « l'art des liens » en référence à E. Morin et défendu la nécessité de revenir à l'amour, l'amitié, la tendresse.

Corinne Pelluchon, philosophe, une vraie intellectuelle, a, elle, développé une pensée bcp plus structurée. Elle a prôné un renouvellement de la philosophie des droits de l'homme en les complétant avec ceux de responsabilité vis à vis des autres espèces (son « dada », même si par autres espèces elle n'entend pas que les chevaux!). Elle a proposé que l'écologie soit un laboratoire pour la pensée aujourd'hui.

 

Je suis sortie de ce débat stimulée.

Et aussi un peu en surdose d'activité intellectuelle. Besoin que le sensible, le corporel, le sensoriel et l'émotion se remettent en action.

 

Interlude café dans le bar de l'abbaye, pas facile à dénicher. Bel endroit, bons produits locaux (café exclus of course). Un peu cher. On paye le cadre exceptionnel. Et puis...

 

Montée dans les bâtiments, via une œuvre géante - « Mort en été » - de Claude Levesque, réalisée en co-production avec « Estuaire » , transition vers un autre monde.

 

Celui d'une salle transformée en salle de spectacle dont le gigantesque plafond en bois, en forme de coque de bateau inversée, m'a rappelé celui d'une très jolie église de Honfleur. Monde des mots dits, de la musique des mots et de la musique tout court.

 

 

La poésie noire habite Arthur H et l'abbaye – Temps 2

Deux taches de lumière au centre de la scène, une voix monte, dans les graves, de la terre, du fond de l'Afrique, ou plutôt du plus lointain des terres tropicales des Caraïbes. Le texte gronde, se calme et serpente dans les méandres des cœurs et des corps de ceux qui écoutent, en silence, religieux. La guitare se met à jouer sous les doigts délicats et agiles de Nicolas Repac. De sa flute harmonique, du piano à pouces, de la sanza et des cordes de sa guitare, la mélodie coule comme un torrent de montagne, comme un fleuve qui serpente entre les mangroves, comme le chant d'un colibri retrouvé après des années d'exil. Arthur H se fait ombre sur scène, se fait humble, devient la douleur et l'amour des poètes, le porte-voix magique d'Aimé Césaire, de René Depestre, d'Edouard Glissant et de James Noël, le jeune poète haïtien. Rapidement, je pleure avec les poètes. Touchée mais pas coulée. Conquise. Le concert est un pur moment suspendu, créateur d'une ambiance de terre brulée, de vent dans la savane, de hurlements de bêtes, d'amours humains et de sang, de vie et de mort. J'ai envie d'acheter le disque. Aussi pour le livret et pour lire et relire ces textes sublimes.

or noir Arthur H pochette


Sortie de l'abbaye dans la nuit. Plénitude de cet instant de remontée des marches vers le ciel. Les lumières sur la pierre blanche. Un croissant de lune et quelques étoiles. Moment essentiel. La poésie est un pays grand comme l'univers.

 

 

Poésie, Arthur H, L'Or noir, Fontevraud, Abbaye, Printemps des Utopies, Paul Ariès, Chris Younès, Thierry Paquot, Corinne Pelluchon

 

Rédigé par Marie Remande

Publié dans #poème

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Paul 19/03/2013 21:21


Superbe article, j'aime beaucoup le style !


Je veux réécouter ces textes dits par Arthur H.


Bravo :)