Des mots et des livres

Publié le 15 Février 2011

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Photo Marie Remande


Je viens de m'inscrire à l'atelier d'écriture de Pascal Perrat, formateur et maître es mots. Allez tiens, je partage avec vous un exercice qu'il propose qui consiste à raconter une journée en employant le maximum de titres de livres (la liste est fournie).

Je vous propose un petit jeu : combien de titres avez vous reconnu dans ce texte?

 

Bonne lecture!

 


C'était un matin d'août 1984. Bonjour tristesse. Déjà le spleen, alors que je n'avais même pas encore bu mon café noir, préparé dans les règles de l'art après avoir été moulu, une véritable oeuvre au noir comme le surnommait Godot, mon compagnon. Je revenais d'une ville qui ressemblait à Port-au-Prince, capitale de la Douleur, quelques décennies plus tard. « Autant en emporte le vent  après le bruit et la rureur », avaient dit tous les rescapés du séisme, nostalgiques d'avant la catastrophe, A la recherche du temps perdu où leur pays était encore le meilleur des mondes. Fureur et mystère dans ces tristes tropiques, là bas les raisins de la colère avaient grondé. C'était la guerre des mondes, une sorte de tsunami sur le rivage des Syrtes, que le silence de la mer aurait précédé. L'écume des jours n'avait plus le même goût qu'avant. Il eut fallu inventer une ballade de la mer salée pour conjurer le mauvais sort, comme si l'on avait été au dessous du volcan, mais je n'étais pas vendredi ou les limbes du Pacifique ne m'avaient pas encore recouvert.

 

En attendant Godot, parti acheter les croissants, je pris mon journal et découvrit que Blake et Mortimer n'étaient que des imposteurs, des faux monnayeurs et des assassins! La police avait enfin élucidé le meurtre de Roger Ackroyd et allait pouvoir dresser un procès-verbal aux meurtriers. L’honneur perdu de Katarina Blum, l'autre victime, allait enfin pouvoir être sauvé.

Pendant ce temps là, j'espérais que Godot, n'allait pas sombrer de nouveau dans son vice, l'alcool par un détour au bar du coin. « S'il est un homme, il saura résister et m'achètera des fleurs », pensai-je. Il faut dire qu'il avait été l'amant de Lady Chaterlay, cette belle du seigneur, ivre de whisky et de vodka, qui sans autre forme de procès avait quitté Aurélien pour Arturo Ui, Martin Eden pour Ulysse. Je ne sais pas pourquoi on la surnommait Notre Dame des Fleurs, elle s'appelait en fait Nadia, le deuxième sexe dans toute sa splendeur!

 

Godot n'arrivait toujours pas. Je bus mon quatrième café et partis sur la route sous le soleil de Satan. J'aurais pu, telle Zazie dans le métro, emprunter les transports en commun, mais j'avais ce jour là envie de marcher. Je décidais d'aller rendre visite à Gatsby le Magnifique, c'est ainsi que se surnommait mon coiffeur, de son vrai nom Asterix, un patronyme beaucoup moins « glamour ». Dans la vraie vie, il était un homme sans qualités. De là à me transformer en cantatrice chauve d'un coup de rasoir, je trouve qu'il abusait. Je dus dire adieu à mes longs cheveux. Pour qui sonne le glas!

 

Je repensais à Godot toujours pas rentré. J'étais en pleine confusion des sentiments. Je l'avais pourtant accueilli, lui, l'étranger, à son arrivé en France. Notre histoire ressemblait à ces fictions télévisuelles. Il avait joué l'attrappe coeur. J'étais sa montagne magique, sa Lolita. Il était mon archipel du goulag, mon seigneur des anneaux, mon romancero gitano.

 

La journée passa vite, toute absorbée que j'étais par mes ruminations existentielles. L'etre et le néant, être ou ne plus être amoureuse. Je décidais de rentrer chez moi après avoir sauté le repas de midi. Pas l'ombre d'un croissant, ni d'un bouquet de fleur. Je n'aurai même pas à trouver le nom de la rose. Pas d’orchidées pour miss Blandish! Notre relation était morte. Tout n'avait été que paroles! Je m'installai sur mon canapé. Mon ventre criait famine. Mais le réfrigérateur, tel un général de l'armée morte, était désespérément vide! Mon Pietr le letton, mon Lord Jim, mon grand Meaulnes, mon hussard sur le toit, mon petit prince avait bel et bien quitté notre appartement une fois de plus.

 

Le désert des tartares. A part moi, personne.

 

Je décidais de prendre son absence par le mépris. Avoir enfin une chambre à soi, cent ans de solitude, un rêve après vingt années de lit commun. Bien sûr, c'en serait fini de la crucifixion en rose, des enfants de minuit, du lotus bleu, de nos voyages au bout de la nuit.

 

Je fis un vrai choix pour une fois, Le choix de Sophie, de la sagesse, de la vérité, mon choix propre et je pris ma plume. Le degré zéro de l'écriture. Tout mettre dans des écrits pour conjurer le manque. Allais-je inventer trois essais sur la théorie de la sexualité, des chroniques martiennes, parler du quotidien, la vie mode d'emploi en quelque sorte? Je ne savais pas où j'allais, mais je n'avais plus faim, toute occupée à réinventer le monde sur le papier. Les mots et les choses allaient se réunir bientôt dans un récit dont je ne connaissais pas encore l'issue. Il ne me restait plus qu'à nommer mes six personnages en quête d’auteur. Moravagine ou Thérèse Desqueyroux, allons donc, déjà trouvés par d'autres ! Il serait bien temps demain de modification. Là maintenant, je sentais le grand sommeil me gagner. Le ravissement de loi V. Stein! Je partis en rêve pour le merveilleux voyage de Nils Holgersson et ce n'était pas une plaisanterie.


Drôle de condition humaine!

Rédigé par Marie Remande

Publié dans #articles généralistes

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marie Remande 28/02/2011 22:19



Si je ne me trompe pas il ya 84 titres de livres empruntés à la littérature. J'ai rrécrit sans les majuscules, c'est plus drôle.


 



marie Remande 28/02/2011 21:39



Je me demande si je ne vais pas le réécrire sans les majuscules pour corser l'affaire!



Frédérique 28/02/2011 21:16



Salut Marie,


Pour ma part, j'en ai reconnu 50 au pied levé, un compte rond !


Mais je sais qu'il y en a bien plus, car tu nous as laissé des majuscules, il faut donc résister à la tentation de tricher pour augmenter son score. Ce qui n'aurait évidemment aucun intérêt en
soi, par ailleurs ...


Tu me diras combien longue était la liste d'origine ?


Des bises