Hervé Lefort, de la truffe à l'agneau

Publié le 26 Septembre 2006

Rencontre avec un agriculteur de 39 ans engagé qui s'adapte en permanence depuis son installation en 1992 : des céréales à l'élevage d'agneaux pour la vente directe, en passant par une reconversion réussie dans la truffe.

"Je veux léguer à mon fils le respect de l'environnement".

Plusieurs hirondelles à col rouge entrent et sortent par les fenêtres de la maison d'Hervé Lefort. Au coeur du Chinonais, à Saint-Benoît-la-Forêt, cet agriculteur au regard souriant et à la large carrure, est fier de dire que les animaux sont chez lui bienvenus. Ainsi parfois dans la cour au lever du soleil, il croise un cerf ou une biche dans sa cour. De la même façon, il bichonne son troupeau de moutons, pour élever des agneaux en plein air et pratiquer une agriculture soucieuse de l'environnement.

Développer la vente directe

L'élevage de mouton est donc la première spécialité d'Hervé Lefort avec un troupeau de 130 brebis. Même s'il n'est pas dans une région d'élevage - un problème en cas de maladie, car les vétérinaires habitent loin - il aime ce métier d'éleveur. Et grâce à la vente directe, il s'en sort bien.
Depuis quelques années, Hervé Lefort s'est aussi lancé dans la culture de la truffe.
« Je suis arrivé à la truffe par erreur, grâce à un voisin et ami ! »  raconte t-il en riant. Il s'est cependant bien pris au jeu. Aujourd'hui la Tuber Melanosporum, dite truffe du Périgord est sa production préférée qu'il vend en direct chez lui et sur les marchés spécialisés de la région depuis 2002. « Lorsque je suis dans mes truffiers, rien ne peut m'arriver, c'est mon anti-stress ! J'aime les surprises que réserve la truffe, on ne sait jamais ce qu'on va ramener.»
L'agriculteur a déjà mis en place des après-midi découverte pour des groupes l'hiver dernier et il envisage de développer prochainement des « week-ends truffes ». Un bon moyen de faire partager sa passion et de sortir de son isolement.
Hervé aime d'ailleurs beaucoup le contact lié à son activité de vente directe même si au départ il n'a jamais appris à vendre, ni à communiquer.  Bientôt il va d'ailleurs installer un local de vente pour faciliter l'accueil des visiteurs et clients.
Et qui sait si, à terme, il n'abandonnera pas l'activité céréalière plus classique qui le motive peu. «Durant trois mois de l?hiver dernier, mon tracteur n'a pas tourné, tant j'étais occupé à la truffe et aux agnelages. Je me pose parfois la question s'il ne vaut pas mieux mettre mes terres en jachère compte tenu du peu de rentabilité des céréales, surtout avec les années de sécheresse traversées». Partisan d'une agriculture respectueuse de l'environnement, il pratique le semis direct depuis quelques années. « J'aime cette démarche, qui m'a permis de voir mes sols revivre ! Ainsi je n'ai pas l'impression de scier la branche sur laquelle je suis assis ! ».

Engagé par nature.

Et si Hervé Lefort garde aussi ses activités céréalières c'est pour honorer ses engagements vis-à-vis des deux CUMA dont il est respectivement président et trésorier. Un engagement auquel il tient, même s'il essaye actuellement de se recentrer sur son activité et sur sa famille : pas facile vu le nombre de responsabilités prises par cet homme à l'esprit collectif par nature! Longtemps secrétaire général des Jeunes Agriculteurs , il a désormais passé la main, comme pour ses responsabilités d'administrateur à la MSA. Mais ses engagements ne s'arrêtent pas au domaine professionnel, car il est aussi administrateur du district de football départemental et s'occupe du football féminin. 
Et au plan local, il milite dans une association de défense des cours d'eaux et moulins (les amis de l'Arias), avec laquelle il participe à l'organisation d'une fête et d'une randonnée annuelle autour du bief qui finit autour d'un de ses agneaux qu'on fait rôtir.
Engagé il l'est également auprès des jeunes qu'il soutient. Depuis 92, il a contribué à six installations réussies à Huismes. Sa conception du métier d'agriculteur est solidaire, une idée qu'il retrouve au sein de la CR37. « Pour celui qui s'installe, tout est à inventer,» prône t-il «l'agriculteur ne doit pas passer son temps à aller chercher des aides, mais toujours s'adapter et innover ».

Paru dans l'Action Agricole de Touraine du 15 septembre 06

Rédigé par Marie Remande-Archer

Publié dans #portrait

Repost 0
Commenter cet article