Annabelle plante, sème et récolte avec passion

Publié le 11 Septembre 2006

Difficile à photographier cette petite brune de 32 ans, si prompte à s’animer pour parler de son métier d’agricultrice - surtout de viticultrice, sa passion - de ses responsabilités syndicales et de ses colères. Annabelle Chesseron ne s’arrête jamais depuis qu’elle a repris l’exploitation familiale de polyculture du Richelais en 2005. Portrait d’une présidente des jeunes agriculteurs vive et engagée.


Annabelle fait visiter ses chais à un couple de belges flamands et leur petit garçon. Dans un anglais scolaire mais agile, elle leur explique la vinification, la mise en bouteilles et répond avec gentillesse à leurs questions. Annabelle court à la boutique, accueillir un habitué arrivé pour chercher sa commande… en Mercedes !  Annabelle fait les factures et soupire : « j’aimerais avoir toujours autant de temps pour recevoir chaque client».

Des responsabilités syndicales fortes

« Je passe en moyenne trois heures par jour d’administration et de gestion. La paperasserie devient une entrave à l’exercice de notre métier ! » déplore la jeune viticultrice. Sous son sourire accueillant, la colère gronde. Elle déteste le manque de franchise comme la langue de bois des politiques. « Les indemnisations ridicules versées pour compenser la crise viticole n’ont servi qu’à faire taire les personnes. Heureusement que la vente directe me permet de m’en sortir ! ». Élue présidente des Jeunes Agriculteurs de la CR37 en 2005, elle est aussi co-représentante de l’Indre-et-Loire au syndicat des vins du jardin de la France.  Les valeurs de la Coordination Rurale lui plaisent et en particulier la notion de solidarité. Elle partage avec les autres membres de ce syndicat, « souvent précurseur d’idées nouvelles », une même conception de l’agriculture.

Un boulot dévorant

Dans sa jeune structure grandissante, Annabelle a fait des investissements lourds qu’elle doit désormais amortir, en particulier dans le domaine viticole. « Chaque jour je me réveille en me demandant si je vais pouvoir payer les factures ! ». Un défi qui la contraint à travailler sans relâche, entre céréales, vin et asperges. Pas de répit, ni de loisirs pour l’agricultrice : « les 3/4 de mon temps sont consacrés à mon travail, le reste est pour mes enfants. » Gabriel, 6 ans et  Alice, 5 ans, ont même donné leur nom à des cuvées ! À ses amis qui s’étonnent qu’elle ne prenne qu’une semaine de vacances par an, elle répond qu’elle ne fait pas 35 heures, mais aime son métier. « Je me sens parfois exclue de la vie actuelle. J’ai l’impression de vivre sur une autre planète. »

Une passion au quotidien

Elle ne se serait pourtant pas vue exercer un autre métier. « Avec mes études supérieures, j’aurais pu travailler dans une banque, mais je n’aime pas être commandée ». Elle a donc choisi sa vocation. « Un beau métier » dit-elle en revendiquant la liberté de pouvoir s’organiser à sa guise. Ma plus grande joie est de rencontrer des personnes du monde entier quotidiennement. Elle a déjà été invitée partout, comme au Cap-Vert dans un complexe touristique construit par un de ses clients. La semaine dernière se sont cotoyés le même jour dans sa boutique, californiens, tahitiens et richelais du village d’à côté ! « Les gens, quels qu’ils soient, m’apportent des richesses chaque jour ! »


Extrait de l'Action Agricole de Touraine du 08 septembre 06

Rédigé par Marie Remande-Archer

Publié dans #portrait

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