Camille Claudel entre ombre et lumière

Publié le 4 Octobre 2009



Le chateau du Rivau se trouve certes loin de tout. Trois quart d'heure de   voiture de Tours pour y arriver, c'est peut-être aussi ce qui contribue au charme de cette expo. Il faut la mériter. Traverser la campagne Richelaise avant d'arriver dans ce chateau de contes de fées, moyennageux, avec son donjon, son pont-levis, mais aussi des parties renaissance ajoutées. Des jardins merveilleux, soignés. Mais pas à la française, bien rangés comme des petits soldats, non, plutôt à l'anglaise, avec des recoins, du -faux- fouillis, l'occasion de s'attarder entre des haies qui serpentent, ou de traverser un verger, de se sentir protégé sous une pergola de vigne entourée des rosiers odorants, de conjurer à l'avance minuit qui sonnera pour partir en imagination sur un des potirons de la cour intérieure comme une cendrillon qui a raté le coche et le cocher, voire l'amant. Comme Camille, chez qui l'amour a toujours manqué, elle la romantique, l'absolue, le "Rimbaud de la sculpture", selon Michel Brethenoux, universitaire, spécialiste de l'artiste, pour qui l'amour de Rodin, son amant unique, n'était sans doute jamais assez fort. Echo douloureux sans doute au désamour, voire à la haine que lui a toujours voué sa mère. 

Au château du Rivau, Camille Claudel est à l'honneur de manière intimiste. Je grimpe des escaliers en spirale et en pierre de tuffeau blanche et lumineuse pour me retrouver dans la pénombre. Dans la grande salle du premier étage, les oeuvres du sculpteur dansent dans des vitrines subtilement éclairées sur de noirs socles, telles des figures tantôt magiques, tantôt fantomatiques. Les bronzes, extraits de la main et de l'âme torturée de l'artiste, m'aimantent me happent, m'envoûtent, m'effraient, me fascinent, me broient, me séduisent, m'enlacent, m'hypnotisent. Je chante avec le vieil aveugle. Je danse comme la femme qui valse, je me ploie comme celle que son amant à genoux embrasse, je rentre mes genoux l'un dans l'autre comme la jeune fille à la gerbe, je suis aspirée par la mort comme Clotho chauve qui semble se tordre entre vie et trépas. Je finis par m'accroupir, exhangue, gorgée par tant de beauté et de terreur mélangée, telle "La femme accroupie" de Camille Claudel, ma préférée entre toutes.



Il me faut ensuite un long temps dans le noir, la nuit tombée, dehors dans la grande cour du château, pour reprendre mon souffle et, grâce à la lumière de la pleine lune, enfin mesurer la force de ce que je viens de recevoir. Une dizaine de sculptures en bronze seulement. Une oeuvre de génie. 

Exposition Camille Claudel, "Ombres et lumières" - Château du Rivau. 37120 Lémeré - Jusqu'au 8 novembre. Tous les jours sauf le mardi. 
Renseignements : Musique et Patrimoine 02 43 93 03 72 www.musique-et-patrimoine.com
A noter: le film documentaire "Camille Claudel" de Dominik Rimbault, une autre artiste, sculpteur, est projeté à côté de l'exposition. 52 mn à ne pas manquer. 

  

Rédigé par Marie remande

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