Point de vue sur l'économie sociale : Thierry Jeantet

Publié le 16 Juin 2009

3 questions à...

Thierry Jeantet, directeur général d’EURESA, groupement d’intérêt économique européen d’assurances d’économie sociale, préside les Rencontres du Mont Blanc, forum international des dirigeants de l’économie sociale. Il est l’auteur de l’ouvrage L’économie sociale, une alternative au capitalisme paru aux éd. Economica en mars 2008.


En quoi les principes de l’économie sociale vous paraissent-ils extrêmement originaux, modernes et « en avance » comme vous le présentez dans votre dernier ouvrage ?
L’économie sociale révèle d’autant mieux la force et la singularité de ses principes dans un moment où tout le monde est frappé par les dérives du système dit dominant, notamment la volatilité des entreprises traditionnelles dont la fragilité est révélée par la crise financière et économique, alors que ces entreprises peuvent provoquer de nombreux dégâts (délocalisations, mauvais partage des profits…).  L’économie sociale, par la nature même de ses principes de gouvernance, permet d’éviter ces dérives. La règle de démocratie « un homme, une voix » entraîne un partage des responsabilités et du pouvoir. La règle de propriété qui veut que le capital soit absolument indivisible, assure la pérennité des entreprises de l’économie sociale, leur capacité à durer dans le temps, qui la rend peu « opéable » et durable. Et enfin concernant les excédents, les partenaires se mettent d’accord sur leur répartition très en amont, ce qui permet qu’elle soit juste. Tous ces principes fondamentaux font de nos structures des modèles d’entreprises pour le XXIe siècle. 

Comment l’économie sociale peut-elle gagner en lisibilité dans notre société ?
Ses acteurs ont longtemps vécu en se disant « vivons heureux, vivons cachés ». Cette stratégie dans une période de mondialisation et de communication ne tient plus. C’est d’autant plus vrai dans une période où le citoyen est à la recherche de nouveaux modèles. L’économie sociale doit se réapproprier son projet et ses valeurs. Elle est porteuse d’une alternative, sans prétendre être la seule, qui doit s’exprimer au niveau national, européen et international. En France, le Conseil des Entreprises, Employeurs, et Groupements de l'Economie Sociale joue ce rôle. D’autre part les bons résultats des employeurs de l’économie sociale aux dernières élections prud’homales sont porteurs d’espérance, même si nous avons trop peu communiqué sur ce point.  En Europe, une structure qui dialogue avec l’Union Européenne existe, mais reste encore une voix trop modeste, divisée en familles et l’Union Européenne ne fait quasiment rien en notre faveur. Au plan International, l’Association Internationale de Mutuelles Santé, l’Alliance Coopérative Internationale et, depuis 2004, le Forum des Rencontres du Mont Blanc, agissent pour faire avancer nos principes et mieux faire entendre notre voix auprès des grandes instances Internationales.

En cette période de crise, comment pensez-vous que l’ensemble des acteurs de l’économie sociale puisse offrir une véritable alternative à une économie basée sur la finance ?

Nous devons marquer clairement nos différences. Pour cela, sous l’impulsion de Paul Singer, secrétaire d’Etat chargé de l’économie sociale au Brésil, Les Rencontres du Mont-Blanc ont créé un atelier sur le rôle des institutions financières de l’économie sociale (mutuelles, banques, institutions de capital risque) dans le monde. Le but est de mener une réflexion pour créer des outils et des véhicules financiers spécifiques, qui aideraient l’économie sociale à mieux se développer et voir quel partenariat on peut instaurer entre ces différentes structures.  Nous pourrions ainsi éviter les dérives financières telles que la création d’outils financiers défaillants comme ont pu le faire récemment certaines banques coopératives qui ont réalisé des erreurs stratégiques en faisant des choix comparables aux banques classiques.


Article paru dans le dossier " Economie sociale une famille de valeur(s)"  - Magazine La Mutuelle #123

Rédigé par Marie Remande

Publié dans #articles généralistes

Commenter cet article