Saule au coeur à Paques

Publié le 13 Avril 2009

Certains partent en week-end de Pâques à Barbacane les canards dans leur maison de campagne, le sécateur en bandoullière, la peinture blanche et tout le matériel dans le coffre de la beak. D'autres vont festoyer autour du roti familial après la messe du dimanche, vous reprendrez bien un peu de gâteau à la crème? Un autre se tape la tête contre son mur, son pote de solitude, sa torture, vivement mardi, le boulot, la vie, les autres.  Ailleurs, rien de spécial, ou tellement de choses, un premier baiser, un gamin qui marche sur une bombe à sous-munition, la télé qui tourne, un match de foot, une première dent qui tombe...
Moi, ce week-end, avec ma petite famille ordinaire et géniale, j'ai laissé en douce la quelque peu loukoumesque et émoliente Tours, jolie petite ville à taille humaine, traversée par la lente et sauvage Loire. Petite ville charmante Tours au demeurant, où vivent aussi plein d'amis que j'aime. La ville où j'ai choisi de poser mes valises avec mon homme depuis neuf ans après avoir osé vivre mon rêve d'enfant d'habiter à la campagne. Avions choisi un village de la Gâtine Tourangelle. Cinq ans de rude campagne, la soldate est restée quelque peu à terre, avant de se relever groggy, pour reprendre sa route cahin-caha avec ses deux bambins sous le bras et un mari, lui aussi décoiffé de tant de séparations et de boulot loin de nous, moi si en manque de sa présence.
Bref, je reviens à mes moutons, pas ceux de la campagne, ceux de l'histoire.
Ce week-end donc, destination Vitry-sur-Seine", ville du Val de Marne, black blanc beur, réputée banlieue "chaude" de la région parisienne. Faut dire que certains petits cons (le mot est faible) y ont tuée et brûlée vive Souan, une jeune fille de la cité Balzac, il y a quelques années de ça. Pour moi Vitry, c'est aussi la banlieue de mon enfance, bien au chaud dans le petit pavillon du quartier de la gare.
Ce week-end on réaménage la maison de Pierre et Thérèse. Non, pas ceux du "Père Noël est une ordure", film culte avec la troupe, non moins culte, du Splendid. Non, Pierre et Thérèse, mes parents, septagénaires humanistes, qui reviennent progressivement au bercail après 10 ans de bons et loyaux services dans un village du bocage Domfrontais. Troquer l'oxygène et le glouglou du ruisseau du fond du jardin, contre un peu du CO2 de la proche capitale, région de la famille, des amis, de la culture, du foisonnement de la vie qui palpite à tous les coins de rue, du concentré d'humanité. Journée de démenagement des meubles en haut, en bas. Totale réorganisation après gros travaux. Paul, 16 ans, solide et beau peuplier, se plie aux injonctions des adultes et aide les hommes forts (Pierre-O et Marco) à monter les meubles. Manon, bientôt 13 ans, jeune biche aux yeux brillants, époussette, passe la cire, aide les grands-parents à se sentir bien dans leur chez eux réinventé.  Les femmes trient, s'affairent, donnent les idées, dirigent le chantier l'air de rien. Je tente une sieste récupératrice de nuits d'insomnies. Je gagne la lecture d'un conte de l'amour ordinaire d'Isabelle St Loup où j'apprends un anagramme de mon prénom : aimer. Beau programme pour la suite du week-end.
Et ça tombe bien. J'avais décidé pour motiver les jeunes troupes, de trouver un concert de musique live le samedi soir. On est tombé par hasard, ou presque, merci Paul ;-), sur un concert découverte de jeunes tgalents aux Trois Baudets. Cette ancienne salle de spectacle parisienne autrefois dédiée aux chansonniers, fermée durant 15 ans, a été rachetée et rénovée par la Mairie de Paris et exploitée par des privés.  Cahier des charges: une programmation de jeunes talents, et de chansons francophones.
Et on est tombé sur une soirée waouh! Au programme on commence en douceur, Suarez, Belge blond, aime t-il son amie la bière ?, gueule d'ange et mélodies rafraîchissantes, accompagnées de sa guitare et de son musicien malgache (je ne sais plus son nom: Tata?) à la voix cristalline et au toucher de cordes swing, swing, swing.
Et puis le "truc de fou", comme disent les enfants, Saule, le chanteur géant qui arrive, et ses sept nains, mais non c'est pour rire, Les Pleureurs, en fait, ses musiciens, Saule et les Pleureurs, c'est leur nom. Des musiques à couper le souffle, pas celui des musiciens, parce qu'ils en ont de la voix certains d'entre eux, mais aussi des guitares, des percus, une batterie, une contrebasse, des trucs et des trucs-machins encore que je dois oublier, je ne suis pas musicienne. J'aime la musique, c'est tout.
Surtout quand c'est une musique de l'âme, soul, qui touche l'âme, soul, et le coeur.
La musique du grand "Saule", poétique nom d'artiste du belge Baptiste Laleu.
Beaucoup aussi quand les textes me parlent. Ce fut le cas. " Loin des gens", mon préféfé, à moins que ce ne soit "Saule 2".
Et puis il y a ce morceau cataclysme, paroxysme, ovnis, des poinçons au coeur, un crash, qui sonne comme un clash si juste. Sur les rideaux noirs du fond de scène, des vêtements blancs accrochés, façon linge qui sèche, font un écran blan pour projection choc. Le visage d'un homme de profil en costume, années 60 ou 70? qui revient par intervalles en alterances avec un mont, triste pont. Film noir, qui scande la musique, textes frappés de violence et de tristesse, l'histoire d'un accident? Je ne sais plus le titre de la chanson. Un coup de poing dans le ventre. Une merveille absolue.

Pour finir je laisse la parole et la plume à celui ou celle qui a parlé du dernier album de Saule sur son site officiel.
"Aujourd’hui, Saule publie enfin son deuxième album. Boisé comme le précédent, mais au feuillage plus ample, plus touffu. Sous la houlette du réalisateur Seb Martel, le voilà qui étoffe ses sous-bois mélodiques : ici, un zeste d’Ennio Morricone, là des effluves africaines ou jamaïcaines, ailleurs des arpèges qui fleurent bon les seventies folk ou des guitares mordantes qui rappellent le groupe Calexico."

Je vous conseille d'aller le voir, d'acheter son disque, d'en parler autour de vous.
Il deviendra grand le Saule, Paul l'aime, Manon l'aime, Pierre l'aime, Thérèse l'aime, Marc l'aime, Pierre-Olivier l'aime et moi je l'aime. Aujourd'hui j'achète le disque. Demain ils seront des milliers.


Rédigé par Marie Remande-Archer

Publié dans #articles généralistes

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